Hannah Arendt & la banalité du mal


Banalité du mal dans le monde du travail

Je suis très sensible à la pensée d’Hannah Arendt et comment son analyse peut aider à mieux comprendre le monde de l’entreprise et sa « banalité du mal »

Un livre m’a beaucoup inspirée: Manager Avec Les Philosophes – 6 Pratiques Pour Mieux Être Et Agir Au Travail – de Flora Bernard

J’ai découvert ce livre, à sa sortie en 2016.

Je partage ici ce qui ressort de ce livre (https://www.version-originale.com/manager-avec-les-philosophes-2/)
« Son analyse du « cas Eichmann » qui ne s’interroge jamais et se contente d’obéir quelle que soit l’horreur de l’ordre donné, fait ressortir 4 points de vigilance :
– Une ambition démesurée et par là aveuglante.
– Une capacité à s’auto-convaincre (sans écouter autrui).
– Un respect de l’ordre sans questionnement.
– Un langage administratif comme une « novlangue » qui camoufle, banalise et biaise la réalité (ou corporate language).
Transposable en entreprise, non ?!

C’est le dialogue avec l’autre qui permet de lever la confusion intérieure et les dilemmes éthiques.
A méditer… »

Mon envie de parler en 2017 de cette banalité du mal qui peut arriver par manque de conscience

En 2017, j’ai eu la chance de faire un TEDx interne dans mon entreprise, au sujet de l’apport de la méditation de pleine conscience.

Au départ, je voulais parler de cette banalité du mal que j’observais beaucoup autour de moi, sans avoir autant conscience du danger que ça représentait; je voulais parler de l’apport de la méditation qui aide à éviter d’être dans cette obéissance aveugle; je ne l’ai pas fait car une collègue m’a dit être bloquée dès qu’elle entendait parler de cette période de l’histoire.

Partage de ressources

Au moment du confinement, j’ai ressenti l’envie de lire le livre « Eichmann à Jérusalem ». J’ai été particulièrement touchée avec les ressemblances que j’observais avec l’actualité; cette ambition personnelle, sans se soucier de l’impact de ses actes sur les autres.

J’ai envie de partager ce podcast qui m’a beaucoup touchée
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/femmes-d-exception/hannah-arendt-6889273?at_campaign=Facebook&at_medium=Social_media

et en particulier cette phrase qui me parle particulièrement:

« Je veux comprendre. Si les autres comprennent dans le même sens que j’ai compris moi même. J’en retire un sentiment de satisfaction comme lorsqu’on est bien chez soi  »

J’ai aussi envie de partager cette interview

» Entretien avec Hannah Arendt (1973)

et surtout cette citation dont les premières phrases sont souvent oubliées, et qui me semblent pourtant particulièrement pertinentes, surtout actuellement où il est bon de s’interroger sur la liberté de la presse

« Dès lors que nous n’avons plus de presse libre, tout peut arriverCe qui permet à une dictature totalitaire ou à toute autre dictature de régner, c’est que les gens ne sont pas informés ; comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n’êtes pas informé ? Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien.

C’est parce que les mensonges, de par leur nature même, doivent être modifiés, et donc un gouvernement menteur doit constamment réécrire sa propre histoire. En tant que citoyen, vous ne recevez pas seulement un mensonge – que vous pourriez continuer à croire pendant le reste de vos jours – mais vous en recevez un grand nombre, selon la façon dont le vent politique souffle.

Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple. »

Mise en lumière des dangers de la bureaucratie à travers Eichmann

Je suis d’autant plus sensible à Hannah Arendt qu’elle a voulu, montrer la petitesse d’Eichmann qu’elle traitait de clown; elle voulait éviter qu’on mette les tyrans sur un piédestal, comme notre société a tendance à le faire

« J’ai trouvé dans Brecht la réflexion suivante : « Les grands criminels politiques, doivent à tout prix être mis à nu, et surtout être livrés au ridicule.
Ce ne sont pas de grands criminels politiques mais des hommes qui ont commis de grands crimes politiques, ce qui est quelque chose d’entièrement différent. »

Harcèlement moral institutionnalisé, organisationnel qui condamne cette banalité du mal

Dans son livre, elle a surtout voulu monter les dangers de la bureaucratie et ce qui a été à l’origine de la controverse autour de son livre.

Je vois un lien direct avec cette banalité du mal décrite par Hannah Arendt et le harcèlement moral institutionnalisé; où peu importe l’intention, si c’est de l’inconscience, de l’ignorance, de l’incompétence, de la mauvaise foi; ce qui compte c’est l’impact sur l’individu

pour moi on est au coeur de la source de nos déséquilibres sociaux & environnementaux qui se jouent dans ls relations individuelles, et ce déni de notre interdépendance.

Une interdépendance pourtant au coeur des principes du vivant, dont nous nous sommes coupés par une vision étroite, agissant uniquement dans son intérêt individuel, au détriment du collectif, sans conscience d’appartenir à ce collectif

Le 21 janvier 2025, la cour de cassation a rendu sa décision dans l’affaire France Telecom au sujet du harcèlement moral institutionnalisé, appelé aussi organisationnel ; Le harcèlement moral institutionnel, désormais consacré par la Haute juridiction, répond à la définition suivante :
« des agissements définissant et mettant en oeuvre une politique d’entreprise ayant pour but de structurer le travail de tout ou partie d’une collectivité d’agents, agissements porteurs, par leur répétition, de façon latente ou concrète, d’une dégradation, potentielle ou effective, des conditions de travail de cette collectivité et qui outrepassent les limites du pouvoir de direction »


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *